Mali : chasse aux fonctionnaires corrompus

Les fonctionnaires maliens ont jusqu'à fin août pour justifier leur patrimoine. Ceux qui manqueront à cet exercice seront punis.

L'Office central de lutte contre l'enrichissement illicite (Oclei) a lancé cette semaine une opération imposant aux fonctionnaires de déclarer leurs biens. Selon Moumouni Guindo, magistrat et président de l'Office central de lutte contre l'enrichissement illicite, cette mesure s'inscrit dans le cadre de la lutte contre l'enrichissement illicite. L'opération vise notamment les hauts fonctionnaires, qui "ont jusqu'à fin août pour faire une déclaration de biens", a-t-il déclaré, sans préciser quels postes spécifiques sont visés. La mesure concerne également quelques 55 mille agents de l'administration, y compris des contractuels de la fonction publique de l'Etat, ainsi que les agents de la fonction publique territoriale.
 
Mali 1Des fonctionnaires maliens
 
 
Pour mener ce contrôle, l'Office mettra en place des équipes d'investigations pour savoir si tel bien déclaré a été légalement acquis. Les équipes pourront ainsi savoir « pour X fonctionnaire quel a été le salaire en totalité que l'Etat lui a versé depuis qu'il a été admis à la fonction publique. D'un autre côté, nous allons évaluer son patrimoine, une simple comparaison fera ressortir l'écart. Et c'est à lui de démontrer que cet écart-là est légitime, » explique le patron de l'Oclei. Et Moumouni Guindo d'indiquer que le fonctionnaire assujetti qui manque à sa déclaration de biens avant fin août 2017 sera révoqué de ses fonctions et interdit d'exercer pendant cinq ans.

Une première
L'opération, une première du genre depuis l'élection d'Ibrahim Boubacar Keïta à la tête du Mali en 2013, est saluée par de nombreux Maliens qui y voient une volonté d'assainir les finances publiques. Ils estiment toutefois que cela ne peut s'avérer efficace qu'à condition qu'elle soit accompagnée d'une volonté politique réelle. D'autres, plus pessimistes, n'y voient que de la poudre aux yeux. « L'Etat ne pourra pas contrôler les fonctionnaires, il n'en a ni les moyens ni la volonté. Qui va d'ailleurs contrôler qui dans cette marre de corrompus ? » s'interroge Souley Maïga, un enseignant à la retraite. L'ampleur de la corruption est devenue inquiétante et les volontés politiques exprimées par les régimes successifs n'ont pas été suivies d'effets, malgré la multiplication des instruments étatiques de lutte contre le fléau.

Le travail effectué par le seul Bureau du vérificateur général (BVG) depuis sa création en 2003 a permis de déceler plusieurs centaines de milliards de francs CFA du fait de la corruption. En plus du BVG, d'autres structures comme la Cellule d'appui aux structures de contrôle de l'administration (Casca), le Contrôle général des services publics, la section des comptes de la Cour suprême, entre autres, mènent aussi la lutte contre la corruption.

L'Office central de lutte contre l'enrichissement illicite, dernier né des structures de contrôle au Mali, a été créé en 2014. Autorité administrative indépendante, la nouvelle structure est chargée de la coordination de la lutte contre l'enrichissement illicite. Mais les Maliens s'interrogent sur le bien-fondé de la création de l'Oclei qu'ils considèrent comme une structure de plus.