France: Diadié Bâ, paralysé et menacé d'expulsion

Atteint de poliomyélite et se déplaçant en fauteuil roulant, depuis le début du mois de juillet 2017, il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

La préfecture de Val-de-Marne (94) a une nouvelle fois refusé de renouveler la carte de séjour de Diadié Bâ, ce Sénégalais atteint de poliomyélite. Elle lui a demandé de quitter le territoire. La mauvaise nouvelle est tombée alors que l'intéressé venait d'en recevoir une bonne. "C'est le jour même où j'ai reçu le courrier de la préfecture m'enjoignant de quitter la France que l'Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) m'a informé qu'elle m'accordait le financement pour un bilan de compétences", confie Diadié Bâ, qui vit en France depuis quelques années.
 
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Titulaire d'une licence en informatique de gestion et comptabilité, il s'est inscrit à Cap Emploi. Il est membre de l'Association des paralysés de France (APF). Le non-renouvellement de son titre de séjour a entraîné la suspension du versement de l'allocation adulte handicapé qu'il percevait jusque-là. Sans revenu, il vit actuellement dans un hôtel situé à Ivry. Diadié Bâ bénéficie du soutien de son association, qui se bat pour obtenir l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Un combat crucial pour l'avenir du Sénégalais et, surtout, sa santé. Lourdement handicapé, Diadié Bâ risque de voir son état se dégrader. "Depuis que je suis en France, je revis", témoigne-t-il.
 
Dignité
C'est qu'au Sénégal il ne bénéficiait pas d'une bonne prise en charge. Les orthèses artisanales dont il était équipé n'étaient pas adaptées à son handicap. Elles ont déformé sa colonne vertébrale et ses béquilles lui causaient des tendinites répétitives.
 
Tout cela, c'est de l'histoire ancienne. Il a un nouveau corset, qui le soulage. Il effectue deux séances hebdomadaires de kinésithérapie et se déplace en fauteuil roulant. En cas de retour au Sénégal, Diadié Bâ risque de perdre tous ces avantages. "Rien n'est adapté à Saint-Louis où je vivais, peste-t-il. Je n'ai jamais pu trouver du travail. J'étais dépendant de mes parents. Je perdais peu à peu ma dignité. C'est pour ça que j'ai décidé de partir." "S'il retourne au Sénégal, tous les soins mis en place seront interrompus. Son état de santé se dégradera à nouveau, alerte Claude Boulanger, le représentant régional de l'Apf pour l'Île-de-France. Nous demandons que sa situation soit réexaminée, en urgence."
 
Frères et cousins
"L'OQTF que j'ai reçue stipule que les soins médicaux dont j'ai besoin existent dans mon pays d'origine, et qu'il n'y a donc pas de raisons de me faire rester, explique-t-il. Mais au Sénégal, les bâtiments ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. Et puis mes frères sont en France, mes cousins sont en France... Là-bas, il ne me reste que mon père, malade, et ma mère, très âgée. Ils ne pourront pas s'occuper de moi."
 
Espérant voir l'Etat français revoir son jugement, Diadié Ba a demandé à bénéficier de l'aide juridictionnelle. "Dès qu'il l'aura obtenue, je déposerai deux recours, annonce son avocat, maître Arnaud Adélise. L'un, contentieux, auprès du tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne). L'autre, gracieux, auprès de la préfecture." Cette dernière n'est, pour l'heure, pas encline à revoir sa position. "C'est l'avis médical qui prévaut, déclare l'un de ses représentants. Les médecins connaissent l'accessibilité des différents pays. S'ils disent que la maladie de ce monsieur est traitable au Sénégal, c'est qu'elle est traitable au Sénégal."
 
Claude Boulanger en est certain : "Les gens qui ont pris cette décision n'ont jamais posé leurs fesses dans un fauteuil (roulant, NDLR)". Pour le responsable régional de l'Association des Paralysés de France, "nous nous trouvons face à un pays, la France, qui accepte de le laisser se construire un avenir sur place tout en lui demandant de partir."