Gabon : loi d'amnistie pour les responsables des violences post-électorales

Les autorités gabonaises « envisagent une loi d'amnistie » pour les responsables des troubles post-électorales d’août 2016. Cette idée ne plait ni à l'opposition, ni à la société civile.

Le Premier ministre a annoncé une volonté du Président de la république, Ali Bongo Ondimba d'envisager une « loi d'amnistie » pour les personnes responsables de troubles post-électorales. Lesquelles ont envahi le pays au lendemain de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle controversée d'aout 2016 donnant Ali Bongo Ondimba, Président sortant de la république vainqueur devant l'opposant Jean Ping. Pour les autorités gabonaises, il est question de traiter au « cas par cas certaines situations engageant des personnes qui se seraient rendues coupables » de violences durant la tragique crise post-électorale de 2016. Ces situations concernent notamment celles des militants de Jean Ping et des membres de la société civile parmi lesquels, Bertrand Zibi Abéghé, ancien député du Parti démocratique gabonais (PDG), ami d'Ali Bongo Ondimba qui avait démissionné en public dans sa localité natale dans le nord du Gabon et le cyber activiste, Landry Washington pour ses prises de position débordantes sur le Président de la République.
 
Gabon loi 65a12
 
Des sources bien avisées parlent également d'autres personnes ou personnalités arrêtées quelques temps après notamment lors des manifestations pacifiques organisées par l'opposition. Sauf qu'aucun portrait des personnes susceptibles de bénéficier de cette loi n'a été établi. Chacun se faisant sa propre opinion. En dépit des spéculations sur la question, le Premier ministre parle d'un « effort national » et que parallèlement à cela, « on n'a pas besoin d'avoir (...) une initiative venant de la communauté internationale ». Une manière selon l'opposition d'enterrer la vérité. « Sur les massacres, la CPI a été saisie. Qu'elle fasse son travail ! Que veut-on faire-là ? Interrompre le processus de la CPI parce qu'on n'en a peur. Non ! Nous disons à la CPI qu'elle fasse son travail car dans notre pays nous n'avons pas une justice capable d'établir la vérité », s'indigne le porte-parole de l'opposant Jean Ping, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi.
 
Volte-face
Cette idée, l'opposition et la société civile la rejettent. Après avoir durant des mois sollicité la libération des personnes emprisonnées lors des émeutes post-électorales qui ont entaché le pays en aout 2016, devant la proposition du pouvoir en place, les deux parties se rétractent. Pour Gustave Nguema partisan de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) à quoi peut bien servir une loi d'amnistie alors que les personnes emprisonnées n'ont jamais été jugées pour un quelconque crime, délit ou une contravention de droit commun ou politique, commis pendant la période postélectorale.
 
«La proposition d'Issoze-Ngondet, Premier ministre d'Ali Bongo, est irrecevable pour la société civile, les défenseurs des droits de l'Homme et le collectif des victimes de la crise post-électorale de 2016 au Gabon. Elle constitue une insulte à la mémoire des victimes et une tentative désespérée de soustraire les criminels à la justice internationale qui est depuis 12 mois, en action», soutient le président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG), Georges Mpaga. Un refus à « l'effort national » qui pour l'opposition consiste de la part de la majorité à dire « qu'il n'y rien eu au Gabon en 2016, on n'en parle plus ». « L'opposition ne se contente pas de rejeter mais elle est choquée par l'idée même qu'on puisse dire qu'on va enterrer la vérité au Gabon », souligne le porte-parole de l'opposant Jean Ping, Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi. Ce dernier appelle à « la vérité et rien que la vérité ».