Gabon : limogeage du ministre de l'habitat

Il était le symbole de l'ouverture gouvernementale au sortir de l'élection présidentielle controversée d'août 2016.

Reconduit il y a quelques jours dans le nouveau gouvernement Issoze-Ngondet II, le ministre d'Etat, ministre de l'habitat, Bruno Ben Moubamba a été limogé du gouvernement. Cet opposant, candidat malheureux à l'élection présidentielle controversée d'août 2016 était arrivé au gouvernement comme vice-premier ministre dans le cadre d'un arrangement en catimini passé avec le pouvoir en place. Il se pourrait que ce soit le franc parlé du désormais ex-ministre d'Etat, ministre de l'habitat qui ait précipité son départ. Qu'il s'agisse des lenteurs administratives, de l'action du gouvernement avec notamment l'emprunt contracté par le Gabon auprès du Fonds monétaire international (FMI) pour financer la relance de l'économie nationale, Bruno Ben Moubamba n'a jamais été solidaire de l'action du gouvernement comme le veut le contrat tacite qui officialise la présence des ministres au sein d'un gouvernement.
 
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Critiquant souvent les décisions prises, l'ancien vice-premier ministre disait ne pas faire de sa présence au sein du gouvernement une stratégie de carrière. « Je ne fais pas de ma présence au gouvernement une stratégie de carrière. S'il faut qu'elle s'achève, qu'elle le soit. Mais je pense qu'elle peut se poursuivre », expliquait-t-il dans une interview. Ces critiques à l'endroit du gouvernement ne visaient pas que des ministres simples comme Alain Claude Billie-By-Nze ministre d'Etat, ministre de la Communication avec qui il avait des relations tendues ces derniers mois, mais s'adressaient également au Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet.
 
La goutte d'eau de trop
« Quand on est chef d'un gouvernement, il y a des choses qu'on n'a pas le droit de faire pour régler les comptes à des ministres qu'on n'aime pas », mentionnait le dernier post du ministre sur Facebook avant d'ajouter « vous voulez me faire partir et m'humilier ? N'utilisez pas des moyens déloyaux et illégaux. Je commence à en avoir assez de ces méthodes. Je ne suis pas venu au gouvernement pour vous servir de punching-ball ». Une critique de trop rédigée sur sa page Facebook, directement adressée au Premier ministre, mais mal digéré par le chef du gouvernement.
 
Prononçant à cet effet une décision de remaniement ministériel du poste de ministre de l'Habitat dans les antennes d'un média public, le Premier ministre rappelle que « les seules instances au sein desquelles ils sont (les ministres) appelés à exprimer librement leur divergence éventuelle sont le conseil interministériel et le conseil des ministres ». Selon lui, « le gouvernement de la République est la plus haute instance de gestion du pays autour du président de la République. Il ne saurait en aucune manière devenir un forum au sein duquel chaque individu fait valoir ses propres intérêts ». C'est dans ce cadre, considérant la désolidarisation du membre du gouvernement vis-à-vis de l'action gouvernementale, Bruno Ben Moubamba a été remplacé par Josué Mbadinga Mbadinga au poste de ministre de l'Habitat.
 
Une nouvelle page politique pour Bruno Ben Moubamba
Ancien membre permanent de l'Union du peuple gabonais (UPG) rival du président Mathieu Mboumba Nziengui, et aujourd'hui fondateur de l'Alliance pour changement et le renouveau (ACR), Bruno Ben Moubamba ne faillit pas à ses ambitions politiques après cet échec. Prenant acte de son éviction, l'opposant ayant durant près d'une année travaillé au côté du pouvoir comme son rival politique Mathieu Mboumba Nziengui bien avant lui, dit reprendre son combat politique. « Je reprends mon combat politique là où je l'avais laissé avant de soutenir le candidat Président en août 2016 », a-t-il annoncé. Il affirme toutefois être « heureux d'avoir servi la République pendant plus d'un an ».
 
Si l'option d'avenir demeure sa priorité alors qu'il a beaucoup été critiqué pour son ralliement au gouvernement, Bruno Ben Moubamba aura certainement du fil à retordre pour se repositionner comme un acteur politique de l'opposition infaillible d'autant plus que beaucoup de ses sympathisants ont perçu son rapprochement au gouvernement comme un acte de trahison politique.