RDC: massacres au Kasaï, 7 militaires des FARDC aux arrêts

Selon un rapport militaire présenté samedi à Kinshasa, sept militaires de l’armée sont impliqués dans les tueries des civils à Muanza Lomba, au Kasaï central.

L'auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général-major Ponde Lusambwa a, au cours d'un point de presse tenu samedi, à Kinshasa, fait le point sur le rapport judiciaire préliminaire de la vidéo qui défraie la chronique, faisant état de tueries, par des éléments l'armée congolaise, de miliciens Kamuena Nsapu. Cette vidéo a fait le tour de la toile, faisant couler beaucoup d'encre et de salive.

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Ponde Lusambwa a indiqué qu'une délégation de deux hauts magistrats militaires de l'Auditorat général a été dépêchée à Mwanza Lomba, précisément au village Bena Tshikasu où avaient eu lieu des accrochages entre miliciens Kamwena Nsampu et éléments FARDC, en vue de faire la lumière sur les faits incriminés. C'est dans ce village que la vidéo controversée avait été tournée.

Selon le général-major Ponde Lusambwa, l'Auditorat général a mis la main sur 7 éléments suspects de la police militaire. Ils sont actuellement en détention, affirme-t-il.

Sept éléments suspects

Il s'agit notamment, du major Nyembo, commandant en second du bataillon police militaire (PM) et, par la même occasion, commandant des opérations. Il s'agit aussi du major Bitshumba Martin Pithou, commandant en second des opérations ; du capitaine Séraphin Pailimbio, commandant 2ème compagnie bataillon PM et chef de la 1ère section pendant les opérations ; lieutenant Silavuvu Dodokolo, S4 Bataillon PM fusillé pendant les opérations ; de l'adjudant en chef Mohindo (bien que n'ayant pas fait partie de l'expédition, a pourtant été surpris en possession d'une copie de la vidéo, transmise par le sergent-major Maneno) ; de l'adjudant 2Cl Amani (fusillé de la 1ère section) ainsi que du sergent-major Maneno katembo alias tonton Baobab, fusillé également de la 1ère section et auteur de l'enregistrement vidéo.

Préventions à leur charge : « crimes de guerre par meurtres ; crimes de guerre par mutilation ; crimes de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants ; refus de dénonciation d'une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires », a fait remarquer le porte-parole de la police nationale congolaise, le colonel Pierrot Mwanamputu.

D'après l'auditeur général, ces militaires ont été appréhendés à Kananga et à Mbuji-Mayi, en possession d'armes AK 47 et Uzi, ainsi que six bombes castros de calibre 12 et des armes blanches.

Fosses communes

« Nous considérons ces personnes comme innocentes », souligne-t-il, poursuivant que « des armes sont récupérées des mains de nos éléments qui ont pris la poudre d'escampette. » Parmi les miliciens Kamuina N'sapu, « il n'y a pas que des civils et des petites filles, mais il y a aussi des déserteurs, » a déclaré l'un des magistrats en charge de l'enquête. Ce dernier a également révélé l'existence de deux fosses communes dans les régions en proie aux violences et dit poursuivre les enquêtes, rapporte Actualite.cd.

Dans un communiqué publié, le même samedi , la Mission des Nations-Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) exprime ses vives préoccupations sur les allégations faisant état de nouvelles violences à Kananga entre le 14 et le 17 mars derniers. Elle accuse les deux protagonistes, les miliciens Kamuina Nsapu et les FARDC.

De même qu'elle reproche à la milice de mener des attaques contre les institutions et symboles étatiques, la Monusco condamne « l'utilisation disproportionnée de la force par les forces de défense et de sécurité, notamment en ciblant des civils, dont des femmes et des enfants », affirme le communiqué. Il relève que, dans la nuit du 14 au 15 mars, les opérations des forces de sécurité à Kananga ont conduit à un grand nombre de victimes.

Restriction

« Je demande la cessation immédiate des violences à Kananga et dans la région du Kasaï, et déplore l'usage disproportionné de la force, » a déclaré Maman Sambo Sidikou, représentant spécial du secrétaire général des Nations-Unies en RDC. « Je demande également l'arrêt immédiat de toute restriction à la liberté de circulation de la Monusco, qui limite sa capacité à accomplir pleinement son mandat en RDC. Je demande aussi l'ouverture d'enquêtes par les autorités compétentes sur les événements de ces derniers jours à Kananga, et que les responsables de toutes les violations des droits de l'homme soient traduits en justice », a-t-il insisté.

Par ailleurs, dans l'après-midi de la même journée, des sources locales à Kabeya Kamuanga (Kasaï oriental) confirmaient les affrontements entre les miliciens Kamuina Nsapu et les FARDC à Tshintshianku. Ce, en dépit de la déclaration de la fin du phénomène Kamwina Nsapu dans l'espace Kasaï, par le vice-premier ministre en charge de l'Intérieur et Sécurité, Emmanuel Ramazani Shadari, en mission dans la province.