Burkina Faso: la guerre du tabac

La principale entreprise du tabac refuse d'appliquer la loi sur l'étiquetage des paquets de cigarettes, obligeant l’Etat à ester en justice.

L'industrie du tabac n'est pas prête à appliquer la loi portant conditionnement et étiquetage des produits du tabac au Burkina Faso, adoptée en 2010, dans le cadre de la convention cadre de l'OMS en la matière. En cause, la principale société, la MABUCIB, qui refuse de respecter l'article 13, qui stipule : « chaque paquet, cartouche ou carton de produits du tabac et toutes formes de conditionnement, d'étiquetage extérieur et intérieur des produits doivent comporter des mises en garde sanitaires sous forme de message. »

cigarette c845b

La Nationale des cigarettes devait se conformer à cette disposition, depuis le 7 avril 2016, en mentionnant les avertissements sanitaires graphiques sur ses paquets de cigarettes, mais que nenni. Lors d'une rencontre houleuse avec le gouvernement en novembre dernier, le PCA de la MABUCIG, l'homme d'affaires Laciné Diawara, avait dénoncé un texte arbitraire, qui n'a pas requis l'avis des professionnels du domaine.

« Nous avons été surpris de constater que le ministre du Commerce n'avait pas contresigné le texte. Il comportait juste les signatures du Chef de l'Etat, du premier ministre et du ministre de la Santé. C'est un décret signé sans concertation suite à la pression d'une main invisible. On ne peut pas appliquer le texte en l'état , » avait-il soutenu.

M. Diawara n'avait pas caché son inquiétude, à l'idée de savoir que cette loi pouvait menacer l'existence de sa société, pourvoyeur d'emplois et de taxes à l'Etat pour un montant annuel d'une quarantaine de milliards de francs CFA. Face à ce refus, qu'il a du mal à comprendre, l'exécutif a décidé de porter l'affaire en justice, pour contraindre la MABUCIB à respecter les dispositions règlementaires.

Données officielles

Mais le procès, qui doit statuer sur l'affaire, va de report en report. Annoncé en décembre 2016, le jugement a été ramené au 31 janvier, puis dernièrement reporté au 21 mars 2017.

Impatientes de voir le dénouement de l'affaire, les organisations de la société civile œuvrant dans le domaine de la lutte contre le tabagisme haussent le ton. Ce d'autant plus, qu'aux dernières nouvelles, les autorités plancheraient pour une solution à l'amiable.

C'est le cas d'Afrique contre le tabac (ACONTA), qui a fustigé, ce week-end, la lenteur observée dans le traiment du dossier en justice. « Nous ne comprenons pas ce jeu de rôle. Ce règlement à l'amiable devrait-il consister à une remise en cause des dispositions de l'arrêté conjoint sur les avertissements sanitaires graphiques ? Quels sont les acteurs impliqués dans ce règlement à l'amiable ? » s'est interrogé le coordonnateur de la structure, Salif Nikièma.

Son inquiétude est d'autant plus légitime, à son avis, que le tabagisme cause 4000 morts par an au Burkina, selon les données officielles.